• Actions autour de la désobéissance

    Actions autour de la désobéissance

    Ils nous mentent… Ne soyons pas dupes !

     

    Désolé pour celles et ceux qui y croyaient encore mais : « on nous ment ! »

    « Nous sommes prêts » lance le ministre Blanquer en début de crise de coronavirus et 24 heures avant l'effondrement des services numériques de son ministère.

    « Il y aura une grande souplesse locale » assène notre premier ministre en annonçant la reprise de l’école lors de la sortie du déconfinement.

    « Les maires auront toute autorité et souplesse pour organiser la reprise de l’école » nous affirme le président Macron quelques jours avant la reprise des écoles.

    Ce type d’allégations est courant chez nos politiques. Nous les avons entendues quotidiennement durant cette période. Elles ont soi-disant vocation à rassurer alors qu’elles ne font que décrédibiliser à nouveau la parole politique.

     Je voudrais vous livrer un exemple qui illustre toute cette stratégie schizophrénique entre parole politique, rouages intermédiaires et acteurs de terrain que nous sommes. Un exemple parmi tant d’autres ! L’histoire se passe en mai 2020 dans un village du sud-ouest. Une semaine avant cette pseudo-reprise, comme dans des milliers d’établissements scolaires, se tient une réunion entre mairie, équipes enseignantes de la commune et association des parents d’élèves, tout ceci afin d’étudier concrètement la faisabilité d’une réouverture des écoles au regard du protocole sanitaire mis en place par l’éducation nationale. L’accord entre les différents acteurs ne tarde pas : conditions non réunies face à ce protocole, prise de risque trop importante pour les enfants et le personnel. L’école ne peut donc reprendre. Mais, ce qui est ainsi décidé en toute collégialité au niveau des acteurs concernés, ne l’est en fait point du tout. Il manque l’aval du haut fonctionnaire qui doit justifier de son autorité suprême. Et bien ce sera NON ! La mairie, ne voulant point se laisser abuser, insiste puis demande alors une décharge de responsabilité à la préfecture pour se couvrir face aux risques encourus. Montant sur ses grands chevaux, celle-ci envoie alors sans ménagement la mairie sur ses plate-bandes. Les menaces tombent, sanctions financières à la clé ! Selon la même logique, la direction de l’école sollicite une demande de même type à son autorité supérieure. Sachant comment fonctionne le système hiérarchique de l’éducation nationale, on renvoie rapidement la direction de l’école à sa propre responsabilité liée à son « statut ».

    Et voilà, le tour est joué. L’équipe enseignante, l’angoisse au ventre, assurée d’avoir toute responsabilité en la matière, se voit obligée de remettre le couvert pour assurer une reprise... qui n’en est pas une. Heureusement pour elle, le ministre Blanquer, toujours au front dans les médias, reste bien présent pour la rassurer et l’encourager. « On veut éviter l'école garderie. Il va se passer des choses importantes sur les plans pédagogique et social en mai et juin ». Comme si l’on pouvait encore le croire !

     

    Cet exemple local illustre parfaitement ce qui se déroule sous nos yeux, et dans tous les champs d’action, à l’échelon national. Des acteurs de terrain qui tentent de faire au mieux, au nom de leur éthique professionnelle, de leurs missions et des valeurs qui fondent le sens même de leur métier. Et, en face, des autorités qui n’ont en tête qu’obéir à tout prix à l’autorité supérieure et notamment au seul mot d’ordre actuel : ouvrir à tout prix les écoles pour sauver la reprise économique du pays sous quelques prétextes sournois tels que la resocialisation des enfants. Il illustre également non moins parfaitement la problématique de l’obéissance/désobéissance. « La première raison pour laquelle les hommes servent volontairement, c'est qu'ils naissent serfs et qu'ils sont élevés dans la servitude » nous disait déjà Étienne de La Boétie au 16è siècle.1 La première cause de l’obéissance se situe bien à la fois dans l'omission de la liberté et la coutume de vivre dans une société hiérarchisée où règne la domination des uns sur les autres. N’est-ce pas encore une fois ce qui se joue dans cette pseudo-reprise de l’école qui ne fait qu’enclencher derrière une déjà pseudo continuité pédagogique ?

     

     Le monde d’après est une question largement évoquée actuellement. Les initiatives pleuvent, et c’est une excellente chose. Alors oui, appelons à une réelle démocratie critique, à une résistance éthique qui trouve sa légitimité dans l’affirmation d’une exigence éthique et morale. Frédéric Gros nous rappelle que « l’insurrection ne se décide pas. Elle saisit un collectif, quand la capacité à désobéir ensemble redevient sensible, contagieuse, quand l’expérience de l’intolérable s’épaissit jusqu’à devenir une évidence sociale ».2 Nous ne manquons pas de motifs qui auraient dû, depuis longtemps, susciter notre responsabilité : les injonctions paradoxales, notamment dans notre monde éducatif ; le creusement des injustices sociales, des inégalités de fortune ; la dégradation progressive de notre environnement ; le processus contemporain de création des richesses.

     Ne sommes-nous pas assez lucides et responsables pour prendre les décisions qui nous concernent en notre âme et conscience ? Arrêtons surtout de nous culpabiliser et de nous déresponsabiliser face à des injonctions qui n’ont ni queue ni tête. Repensons simplement aux valeurs et aux missions qui nous ont amenés là où nous sommes. Et sachons prendre les bonnes décisions, celles qui ont du sens, en toute autonomie et responsabilité.

     

    François Le Ménahèze, enseignant, formateur. ICEM-Pédagogie Freinet.

    http://lemenahezefrancois.eklablog.com/

    Auteur de Désobéir est parfois un devoir. Éditions libertaires, 2020.

     

    1. De La Boétie E.. Discours de la servitude volontaire. Petite bibliothèque Payot, Paris. 1576 - réédition 2002.

    2. Gros Fr. Désobéir. Albin Michel. Flammarion. 2017.

     

  • Police, enseignement, … services publics, même combat !

    "Lorsque je suis tombé sur cet interview... et ce livre, je n'en revenais pas. Rejaillisaient des problématiques identiques largement connues en tant qu'enseignant et formateur au sein de l'Education nationale. Police-enseignement : même combat? On le dirait bien!... et on pourrait poursuivre longtemps la liste des services, métiers, personnes qui pourraient s'y reconnaitre!

    "Désobéir est parfois un devoir"*, ai-je affirmé dans mon dernier livre. Cette phrase pourrait être affichée partout, tellement le principe d'obéisssance a gangréné tous les milieux aujourd'hui, avec ses maitres-mots : hiérarchie - évaluation – individualisme – abandon des valeurs ...

    NB : j'ai d'ailleurs surligné les passages communs, sur lesquels nous ne pouvons que nous retrouver.

     

    Face à cette démocratie hiérarchique, n'est-il pas temps de réclamer une démocratie de la rsponsabilité?

     

    Je vous livre donc cet interview d'un policier qui ose parler... et qui a décidé de quitter ce navire qui tangue. Je fais rebondir celui-ci avec un petit ouvrage qui est récemment sorti et qui lance 10 propositions salutaires pour changer notre police. Tiens, on pourrait le faire aussi dans d'autres milieux, non?

                                                                                                             Fr. Le Ménahèze

    * Le Ménahèze F. (2020). Désobéir est parfois un devoir. Éditions libertaires.

     

    À partir d'une interview sur Radio Canada Informationdu policier Alexandre Langlois.

    Policier, il claque la porte et dénonce une dérive autoritaire des dirigeants français.

    Écœuré par les actualités récentes et les commandes politiques, le policier français Alexandre Langlois a demandé à être relevé de ses fonctions. Notre correspondante Marie-Eve Bédard l'a rencontré.

    Alexandre Langlois est agent de la police nationale française au service de renseignement. Militant syndicaliste il dénonce ce qu’il qualifie de dérives et dysfonctionnements de l’institution dans le livre « L’ennemi de l’intérieur – Dérives et dysfonctionnements de la police nationale » 2019. Talma Studios.

    Interview ici : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1754715/france-alexandre-langlois-police-derive-autoritaire-dirigeants-francais

     

    Je suis entré avec plein d’idéaux, le chevalier blanc qui vient défendre la veuve et l’orphelin qui va être utiles à la société, qui va défendre le plus faible contre le plus fort, qui va permettre de mettre fin à des crimes et des délits, enfin voilà la protection des gens. Et c’est au fur et à mesure, plus les années avançaient, plus j’ai vu l’envers du décor. En fait, on ne doit plus remplir ces missions-là, on doit faire du chiffre, rentrer des chiffres, faire de la statistique qui sont complètement déconnectés de la réalité et du sentiment de sécurité.

    Récemment on nous a demandé « qu’est-ce que les gens pensent des discours de Mr Macron ? » Je veux dire NON, si vous voulez savoir ce que pensent les gens de ce que dit M Macron vous faites un sondage avec un institut de sondage, ce n’est pas à la police d’aller se renseigner pour faire ce travail. On arrive donc à ces dérives, il y a une instrumentalisation de la police, une dérive dans les missions de la police et de son utilisation qui n’est plus comme moi où j’étais entré dans la police au service de la population pour le bien être général mais pour des besoins de communication on se sert de la police, on la jette en pâture s’il y a besoin.

    J’ai toujours essayé d’être à l’intérieur pour essayer de réformer les choses qui pouvaient se réformer de l’intérieur. Aujourd’hui c’est devenu impossible malheureusement. J’avais dit que le jour où ce serait sans espoir de le faire de l’intérieur je partirai de la police. Voilà, on est arrive à ce point de non retour.

    Dans la police nationale, on est sanctionnés non pas pour commettre des violences (il cite les nombreux faits récents…) A l’inverse, quand on dénonce des dysfonctionnements, des dérives – on dit qu’il y a des propos racistes qui sont tenus, il y a des violences inadmissibles, des ordres illégaux, et bien on se retrouve en conseil de discipline pour avoir manqué à son devoir de loyauté. On a en France une inspection générale qui contrôle la police. C’est-à-dire que la police se contrôle elle-même, c’est une exception dans les polices européennes. D’habitude ce sont des organes indépendants pour des raisons de transparence. Donc quand quelqu’un a des problèmes avec la police il va voir … la police qui est sous les ordres d’un ministère et si ça met en cause un commissaire, un préfet, un ministre, bien évidemment l’enquête va être vite orientée, ou enterrée. Il y a donc ce côté impossible.

    La loi sécurité globale a rajouté le fait qu’on ne peut plus filmer les policiers...ou si, en prenant des risques. Résultat des courses : le seul moyen de preuve de montrer ce qui se passe en interne ne sera plus possible (dernier exemple Michel Zeclerc). A partir de ce moment là on ne peut plus rien faire. On est sanctionné en interne, c’est terminé.

    Je me suis dit à ce moment là, je quitte la police nationale parce que malheureusement il y a deux méthodes pour rester dans la police, de faire ce que j’ai fait en prenant un mandat syndical soit de parler haut et fort les dysfonctionnements, soit à l’inverse d’être très discret, et d’essayer de faire au mieux son travail et de respecter la légalité. Et ces gens là il y en a encore beaucoup dans la police heureusement, mais à un moment ils ne pourront plus tenir. Ce n’est pas pour rien que la police française a un taux de suicide de 1 par semaine quasiment en moyenne (mêmes « comptes » environ dans l’Education nationale) parce qu’il y a une perte de sens du métier, un management délétère et que rien n’est mis en place. La plupart des suicides de policiers c’est à cause de leurs conditions de travail et la seule réponse du ministre a été de mettre en place un numéro vert qu’on appelle quand on a le temps. Quand on est en plus grande détresse, en plus grande souffrance ce n’est pas à ce moment-là qu’on appelle un numéro vert. Et dans les faits le nombre de suicides n’a pas changé. Il existe en fait une instrumentalisation de la souffrance pour faire bien vis-à-vis de l’opinion publique. C’est la première cause de mortalité des policiers en service. A coté de cela la population ne se reconnaît pas dans sa police. Aujourd’hui quelqu’un va voir un policier, il se dit qu’est-ce qu’il va me trouver. En caricaturant à outrance, les honnêtes citoyens ont peur de leur police et les délinquants, les criminels en rigolent.

    Il y a des gens violents qui entrent dans la police et qui ne sont pas encadrés. Le problème est déjà au niveau du recrutement. Qui on recrute dans la police nationale et pourquoi certaines personnes vont passer le filtre. Depuis que M Macron est président le niveau de la police nationale est passé à 8 de moyenne la première année du quinquennat, la 2ème année, comme il n’y avait pas assez de candidats qui réussissaient, ils ont baissé le niveau du concours et sont passés à 8 de moyenne quand même.On se retrouve avec des élèves gardiens de la paix, donc le premier grade dans la police, qui défraie la chronique dans une école de police car ils ne respectent pas le confinement et ils agressent pratiquement les policiers qui sont chargés de la garde de l’école. La police nationale veut tellement de policiers sur le terrain , plutôt que de la qualité, de la quantité. Ces policiers en école s’ils consomment du stup, s’ils conduisent en état d’ivresse, n’ont pas de sanction pénale, ils ont juste des points en moins sur leur moyenne. Le but est de les faire sortir quoiqu’il arrive.

    Qu’elle que soit la raison le problème de l’IGPN n’est pas la recherche de la vérité mais à faire plaisir aux autorités supérieures.

     

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    10 propositions pour une police de la confiance

    issu du livre-rapport « Que faire de la police ? », François Ruffin, Fakir éditions. 2020.

    Il y auditionne des chercheurs, ONG, victimes, syndicats de policiers, hiérarchie

    voir aussi dans la revue « Fakir » n° 95, octobre-décembre 2020

     

    1- Une police formée

    Augmenter le temps de formation initiale qui vient de passer de un an à 9 mois. (réduction de la formation dans le dernier projet de loi de finance 2020).

    Passer d’une formation continue zéro à une formation 0 + n.

     

    2-Le modèle d’autorité

    Former oui, mais à quoi ? Passer de la maxime « Force doit rester à la loi » à la construction d’une relation de confiance avec la population (système danois).

    Maîtres-mots de la formation pour une « police réflexive » : analyse de la pratique, évaluation et réflexion sur le métier.

     


    3-Le contrôle d’identité

    Passer d’un contrôle d’identité massif, stéréotypé et ciblé (devenu un « implicite policier ») à un contrôle réfléchi, justifié, puis analysé.

     

    4-Un contrôle externe

    Passer d’un contrôle externe ténu, voire inexistant mené par une chaîne de contrôle interne (commandement – ministère de l’Intérieur) à une redevabilité directe devant les citoyens.

     

    5-La police des polices

    Face à une certaine partialité de l’IGPN, créer une institution indépendante, légitime et impartiale ( systèmes anglais, belge, danois, etc).

     

    6-Une chambre spécialisée

    Mettre en place une chambre spécialisée juridictionnelle neutre (hors département) dans les relations police-institution.

     

    7-Le moment facebook-twitter-snapchat

    La liberté d’information doit primer. Filmer les interpellations doit rester un droit.

     

    8-Des ponts

    Aller vers des ouvertures de la police avec d’autres corps de métier afin d’engager une réflexivité sur le métier (système anglais).

     

    9-Le pilote politique

    Pour une chaîne hiérarchique qui donne des lignes directrices de doctrine, reconnaisse les errements et les corrige.

     

    10-Une police écologique

    Pour une intégration de la police à la société et aux enjeux actuels. Pour des « États généraux de la police de la confiance ».

     


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    Réveillons-nous : construisons plutôt de l’intelligence collective !

     

     Au moment où chacun se pose nombre de questions sur la sortie de la situation de confinement dans laquelle nous sommes.

     Au moment où l’on attend avec autant d’impatience que de réactivité la « bonne parole » de nos instances dirigeantes, eux-mêmes sous la mainmise de l’éminence scientifique.

     Quelle place nous est donnée, à nous simples citoyens, excepté une nouvelle fois d’obéir sagement aux injonctions ?

    Ne sommes-nous pas nous-mêmes des acteurs lucides et responsables du monde économique et social ?

    ...

    C’est ainsi que m’est venue l’envie de vous livrer un extrait de mon dernier livre « Désobéir est parfois un devoir »

     

    Nous pourrions nous demander pourquoi cette organisation pyramidale, cette structure hiérarchique, cette autorité suprême qu’exercent quelques-uns sur l’ensemble des individus s’est imposée un peu partout dans nos sociétés, sachant qu’elle a aussi, aujourd’hui, pénétré toute l’organisation sociale. On obéit à son chef. On attend les ordres de son supérieur. On obtempère à son président. Et, comme disait mon père, bien marqué par son époque, « la discipline fait la force principale des armées ». Autant d’expressions qu’on peut entendre quotidiennement et qui ont imprégné, marqué au fer rouge notre histoire.  [...]

    On constate bien les difficultés de ce système à se modifier en fonction des circonstances et sa vision réductionniste ne permet pas d’envisager les différents types de situations. Mais ce qui pose sans doute le plus de difficultés à celui-ci, c’est le manque de parole, de pouvoir attribué au fameux corps social, les subalternes, les ouvriers, les employés. Une idée première a sans aucun doute été omise volontairement par nos pouvoirs en place, c’est le principe d’entraide, dénoncé d’ailleurs par Pablo Servigne et Gauthier Chapelle qui font appel à Pierre Kropotkine qui, dans « L’Entraide » (L’Entraide, un facteur de l’évolution.) évoque justement « l’entraide dans la mesure où elle est vue comme un produit de l’évolution, ne nécessitant pas l’intervention d’une autorité centrale pour se déployer. » En effet, ce système a induit une acceptation passive qui entraîne un empêchement de parole des différents acteurs. Et comme le rappellent Gori et Laval, « Toute cette organisation est malgré tout basée sur un manque de confiance total dans l’individu, la personne. L’organisation, destinée à permettre aux individus de se structurer eux-mêmes pour gagner en efficience, est totalement niée au profit d’une planification ordonnée de manière injonctive par les chefs, les patrons, les inspecteurs, aux ordres de l’organisation pyramidale. » (L’appel des appels, un an après, 22/12/2009).

    Alors que pouvons-nous opposer à une organisation fondée sur la subordination ? Des rapports de domination, de pouvoir pour certains, et par là-même de soumission et de déresponsabilisation pour d’autres. Sont-ils susceptibles de construire des rapports humains fondés sur des principes d’égalité, de fraternité, d’émancipation ? Le seul moyen est donc de s’arracher de ce piège bien confortable pour tous. On sait que le fait de faire des choix dans la vie s’avère, du moins au début, inconfortable, voire insécurisant. Et pourtant, n’est-ce pas Cyril Dion qui nous dit que « choisir est épanouissant. Inventer est fichtrement excitant. Sortir du conformisme renforce l’estime de soi. Être bien dans ses baskets est contagieux. Résister en ce début du XXIe siècle commence par refuser la colonisation des esprits, la standardisation de l’imaginaire. » (Petit manuel de résistance contemporaine)

    De nombreuses expériences existantes montrent, en effet, que des organisations fondées sur l’intelligence collective s’avèrent tout à fait pertinentes et efficaces, et cela, dans le respect des individus et la promotion de valeurs. On y retrouve quelques principes éprouvés et fort éloignés du modèle hiérarchique, notamment la reconnaissance de la participation, de la responsabilisation, de la coopération, de la démocratie. Il s’agit le plus souvent d’organisations horizontales issues de l’idée même de coopération. Chapelle et Servigne, en s’appuyant sur les dernières recherches dans le domaine, affirment que «lorsque certaines conditions sont réunies, des groupes d’usagers sont parfaitement capables de s’auto-organiser, se fixer des règles et de bien gérer leurs ressources. » (L’entraide, l’autre loi de la jungle) De nombreux chercheurs se sont attelés à ces fameuses conditions et ont pu identifier un certain nombre de principes fondamentaux. Sans les reprendre tous, on peut en relever quelques-uns déjà identifiés par Chapelle et Servigne : le sentiment d’égalité, d’équité et donc de confiance, la question de la sécurité dans le groupe, le sentiment de justice, le rapport à l’environnement, etc.

    Les premières coopératives sont d’ailleurs nées en réaction à la révolution industrielle qui entraîna misère et transformation sociale. Les Scop sont issues de cette histoire. Sociétés coopératives et participatives, elles sont nées des premières associations ouvrières au XIXe siècle, dans la clandestinité. Là aussi, des principes forts sont de mise comme le refus de la subordination économique ou salariale, l’adhésion volontaire et ouverte à tous, le pouvoir démocratique exercé par les membres, la coopération entre les coopératives, l’engagement envers la communauté, etc. Il s’agit donc d’un système économique et social visant à promouvoir des valeurs telles que le développement de l'autonomie, le fait de favoriser des relations interpersonnelles positives, le remplacement de la compétition par l'entraide, l’encouragement d’une plus grande prise de responsabilité de l'élève dans l'acquisition de ses apprentissages, la formation des élèves au travail d'équipe en atténuant les inégalités, etc. [...]

    Il apparaît donc tout à fait possible de construire des organisations au cœur de la société, pour lesquelles le sens de l’humain prend encore sens et l’exercice réel de la démocratie, de la coopération, de la responsabilisation, de la participation, puisse se vivre au quotidien. C’est alors, sans aucun doute, que nous pouvons sortir de la spirale infernale du travail aliénant, celui que l’on exerce pour subsister, pour survivre dans cette société de l’argent et de la consommation. Nous pourrons alors peut-être approcher la notion de travail émancipateur, celui que l’on exerce parce qu’on l’a choisi, qui est susceptible de nous valoriser, de nous libérer, de nous faire exister pour ce que nous sommes et ce que nous voulons être avec les autres.

    Nous ne sommes plus alors dans l’exploitation par des individus qui ont réussi vis-à-vis d’un corps social bien souvent anonyme et si peu valorisé. Mais il est question, dorénavant, de faire œuvre d’intelligence collective au sein d’une organisation horizontale et collégiale pour prendre toute sa place dans son entreprise, son association, sa coopérative, son service public. On peut reprendre les propos de Chapelle et Servigne, qui, dans la conclusion de leur ouvrage, nous disent que « le périlleux chemin vers l’entraide institutionnelle gagnerait à s’accompagner d’une structure politique la plus horizontale et décentralisée possible, ainsi que du développement des capacités d’altruisme et de compassion de chacun. »

     

    le 23 avril 202O

    François Le Ménahèze, Désobéir est parfois un devoir. Récit et analyse d’une désobéissance enseignante . Éditions Libertaires, 2020.

    Blog : http://lemenahezefrancois.eklablog.co

     

     

     

     


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